mardi 7 juin 2016

Les bulldozers poussent



Les bulldozers poussent
Les bulldozers poussent les parois
Du temps habillé de magie
De nos rires et nos cris
Nos poils et nos ventres
Nos grâces et nos besoins

Les bulldozers
Arrivent soudainement
Et souterrainement
Ils sont abandonnés
La nuit sur le trottoir
Leurs chaines sont pour nous
Qui tissons des liens
De raphias et de rififis
Des coccinelles sur la peau
Des flammes dans la nuit
Où nagent les bus
115 – 76
La ligne passe devant la Bergerie
Et se poursuit
Et s’éteint
Et nous buvons
Et tard
Les bêtes bêlent
Râlent

Nous sommes forts
Comme nous sommes forts
Les bulldozers
Tardent à se pointer
Le choc arrivera
Tonnes de ferraille contre tonnes de chaire
Et de coeurs

Les bulldozers ont des oreilles
Des conseillers
Des chargés de mission
Qui vivent dans le monde des bulldozers
Le monde souterrain
Sous terre, hein
Qui partent en vacances
Chercher un soleil absent

Et tout ça
Pour les bulldozers

Les arbres et leurs feuilles généreuses
Tomberont
Les arbres
Sont en nous
Leurs branches prolongent nos mains
Et leurs bourgeons
Emplissent nos esprits
D’invitation aux festins

Les hommes et femmes de fer disent
« Jouez le jeu »
Jouez-le-je
Mais les dés sont pipés
Leur Je n’est pas le nôtre
Et il tient une massue dorée
Et ils appellent les bulldozers
Pour cassé des cabanes
Emplies de rêves d’enfants

Il y a un combat là
Un combat honorable
Quitte à y perdre des plumes
Quitter le monde des songes
Pour le monde des projets ?
Pourquoi ?
Embrasser les souliers de ces messieurs ?
Dire adieu à la boue au froid
Au désordre au mystère
Pourquoi ?
Arrêter le voyage des sens du sens
Pour un confort alternatif
Qui ficelle doucement mais suffisamment
La pensée grave et graveleuse
A l’heure du divertissement responsable et des corps sains
Et des listes citoyennes et miraculeuses
Pourquoi ?

jeudi 18 février 2016

Sans images


Eh écoutez
c'qu'on fait
C'est d'la bombe
Ouai
Ça déééchire
 On bosse vraiment bien
Du bon boulot 
Eh puis dans le coup quoi

Hum hum

On s'est parfaitement plié
A ce qu'on attend de nous
On a pas trop d'emmerdes avec les politiques
Pis euh
On propose de l'alternatif 
Qui passe bien
Des projets talentueux
Ah hé
C'est pas n'importe qui
Qui fait ça 

On connait bien le jargon
Les concepts et pis des objectifs
qu'on nous donne
Créer du lien social avec des carottes
Des ateliers participatifs de construction
Et des bêtes à cornes
 Ah euh

Mais le lien social c'est quoi au fait?

Poouuuuff  ffff

Et créer du lien social?
C'est quoi, c'est se dire bonjour
Comme certains imaginent qu'on doit le faire
Le lien social
C'est quoi?
C'est un truc bien précis?
Ou c'est plein de trucs différents?
C'est forcément avec le sourire
Ou a le droit de pas être d'accord
Et pis le lien social 
C'est un machun qui se créer
Ou c'est un truc qu'on invente pas 
Qui est déjà là
Et qui faut découvrir
Qu'il faut apprendre à connaitre
A aimer ou non
Quand on est pas du coin

Ça prend du temps de connaitre les gens
Vachement de temps
C'est comme bien jardiner
Ça prend du temps 
Bien connaitre et s'occuper d'ses bêtes 
Ça prend du temps 

Le lien social
Dans la bouche de certains
T'a l'impression 
Qu'c'est un kit du bonheur appliqué 
La formule passe de bouche en bouche
Qu'importe si elle est creuse
Elle permet de beaux discours
Comme d'autres concepts passagers de la communication
Le lien social
Ça peut même se prendre en photo

Le lien social
en voie de disparition
Comme une espèce menacée
Recherche lien social
Balisage de nouvelles zones
En carence de lien social
Montage de projets projets projets
Créateurs de lien social lien social lien social

Non vraiment
C'est un bon crédo de nos jours

Mais perso
J'suis mieux dans mon coin
Avec les gens que j'connais
Et qui m'ont jamais causé
Du lien social




 

















dimanche 22 novembre 2015

Les cornes poussent quand on a les boules




Y a pas de plans
Pas de programme
Pas de newsletter
Pas d'réseau
Pas d'workshop
Pas d'com
Pas d'concept




Y a pas d'moule
Pas d'marche arrière
Pas d'peur
Y a pas de grimace
Y a pas d'arrangement
Y faut vraiment arrêter de déconner


Y a pas d'performance
Pas d'nouveauté
Pas d'repis contre la bêtise
La haine 
Le racisme
L'hypocrisie
La malhonnêteté 
Y a pas d'tendance
Pas de compromission avec les mains sales
Avec les lâches



On boit 
On rit
On pleure
On croit à ce qu'on fait
On sait pourquoi on le fait
Pas pour la nature en ville
Pas pour l'agriculture urbaine
Pas pour le participatif
Pas pour la concertation
Pas pour le vivre ensemble
Ce sont les mots des vendeurs de sommeil
On le fait 
Parce qu'on aime la vie
Et ça suffit
Et on continuera
Toujours plus fort
Même si le courant est contraire
Parce qu'on aime être au contact
De ce que l'on combat,
Dans les réunions comme sur le terrain,
De ceux qui nourrissent notre espoir,
Dans les réunions comme sur le terrain.


mercredi 29 juillet 2015

dimanche 7 juin 2015

Anachroniques urbaines

Je suis allé chez un psy spécialisé en névroses et psychoses liées à la pratique ou à l'intérêt pour l'agriculture urbaine, au 83 rue de la Charrue. J'étais pour ma part atteint d'un mal rare pour ma condition de responsable jardinier-chevrier d'une association de Bagnolet (93) : je n'arrive pas à dire "Agriculture urbaine"; l'écrire, encore ça va, mais le dire ... Bon, pis, j'vous parle même pas du reste de la série des concepts fers de lance de la ville de demain: participatif, contributif, création de lien social, nature en ville, vivre ensemble, etc.

Je n'avais ni honte, ni peur, de me confier à cet expert, je me sentais simplement un peu seul. Je me demandais pourquoi ce terme d'agriculture urbaine me gonflait autant et pourquoi il me hérissait autant le poil et celui de mes chèvres, d'entendre parler de berger urbain, de paysan ceci, paysan cela; pourquoi le champ lexical ou le ton du discours des stars et des fans de l'agriculture urbaine me bourraient autant le mou, et, me ramenait aussi subrepticement vers le monde de la publicité. J'avais vraiment besoin d'un psy.

Ce fossé qui se creusait à coup de légumes par-ci, moutons par là, entre mes présupposés confrères, et moi, se devait d'être exploré et fouillé. Où est la part d’ego dans tout ça, dans tout ces p'tits projets qui deviennent nos étendards? Enfin, sans déconner, on se sent paysan ou pas, on en fait pas un flan. On fait des trucs avec, ou sans les tripes. On vit avec ses bêtes, avec sa terre, et pis l'reste du temps, on les amène partout où on va dans not' caboche.
Bon vous voyez quoi, j'commence à lui raconter c'genre de truc au psy, allongé sur un divan de récup de la marque "Get free", et pis d'autres encore. Et j'vois que ça l'accroche, qui comprend pas tout à fait mon délire et que ça lui laisse l'espoir d'un nouveau scénario  à élucider et que ça lui fera bien passer l'heure qui reste.


Et en fait, j'lui dis grosso modo, c'que j'dis à tous ceux qui me parlent de tondeuse écologique et de berger urbain (cf article sur ce blog "Discussion entre un berger et son troupeau"). Que nos bêtes ne sont ni des tondeuses ni des écolos, mais bien des herbivores qu'ils faut bien nourrir, plutôt que de leur faire faire de "l'entretien"; et que s'il y a des écolos dans le lot, à la limite c'est nous, et nos choix de conduite du troupeau et de ses pâturage. J'lui fait remarquer que c'est drôle comme tout ce qui se passe en ville attire tous les fins limiers de l'air du temps; comme si y avait des choses à pas rater, pour que le mythe du progrès, version hipster cette fois, continue à jouer son rôle. Petit jardinier-chevrier de banlieue, banlieue mon amoure, me voilà Berger urbain. Ouah, la classe, ça fait rêver! Mais pourquoi?

Réponse numéro 1 : Parce que la ville et certains quartiers sont considérés comme tellement pourris qu'on en croit pas ses yeux quand il y a émergence de formes culturelles
Réponse numéro 2 : Parce que le politique tente de récupérer tous les mouvements émergents, et les transforme en spectacle qu'il fabrique et propage grâce au médias et à toute une armada culturelle et scientifique qui  fait le travail de conceptualisation de ce qui n'était que forces vives et pratiques
Réponse numéro 3 : Parce qu'un troupeau qui se balade, où qu'il soit, ca laisse jamais indifférent l'animal qui est en nous, et l'humain qui est dans cet animal

Et plus j'parlais, plus j'me sentais convaincu de c'que j'racontais; et  j'm'en suis rendu compte et j'me suis dit "merde, ça craint là, le psy, y va sortir un truc ..." Et puis non rien, y  m'regarde, avec un regard de psy, il hausse des sourcils interrogateurs, et il laisse remonter un autre truc en toi que tu vas finir par lui cracher. Et ça marche.

Ooh la la, l'agriculture urbaine, c'est un truc qui faut pas prendre à la légère. y parait que c'est une question sérieuse; l'genre de truc qui peut sauver le monde et racheter nos âmes souillées par les excès. Ça fout grave la pression leur délire. Y a des réunions, des ateliers ou encore des conférences-débats où tu te demande où est ce que tu as mis les pieds, tellement tu te sens seul. C'est pour ça qu'c'est bien d'être en asso et d'pouvoir réussir à se caler à plusieurs grâce à des intuitions communes.






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mercredi 11 mars 2015

C'est vivant


Manouch
C'est ça c'est lui
Manouch

Il est sorti 
Tout habillé
Sans puces

Pi y a les deux
Là aussi


comme si qu'y z'était
Passer à la photocopieuse
Drôle de reproduction

Mais bon ...
Ça reste toujours émouvant
Une naissance


Y a pas à chier
Les enfants les adultes
Qui voient ça ensemble
Pour la première fois

Qui sont là
Juste parce qu"ils passaient par là
A cet instant
Une seule fois

lundi 9 mars 2015

Pensée en voie de disparition


Regardez bien
Ce mouton
Il va faire demi-tour
Et rejoindre le troupeau
C'est plus facile


Un jour les moutons
Aurons un Maire
Un président
Un faux berger
Qui sélectionnera 
Les plus dociles

lundi 9 février 2015

Les Malassis sur mer


La ville
C'est un truc de malade
J'sais pas comment vous dire
Même si on s'en plein
On est beaucoup à y être accrocs


L'autre jour
La mer est montée jusqu'aux Malassis
Elle a pris l'ascenseur
Et elle s'est retrouvée sur la Dalle
Un truc de dingo
Y avait même ...
Des poissons



Oui là, dans la mer
Sur la Dalle Maurice Thorez
Et pourtant, rien aux infos
Nada, oualou, quetchi




Ils auraient pu titrer
"Des poissons dans la cité"
Ou
"Apprendre à nager dans le quartier"
Mais non
Ils ont tous été obnubilés
Par le monstre du Lockness




Pendant qu'une partie
De pêche à pied
S'improvisait 
A plus de 350 mètres
Au dessus du niveau de la mer
Et de l'ennui



samedi 31 janvier 2015

Bêtes et méchant



Les animaux, c'est comme les gens; y faut pas les prendre pour des cons.

Bien s'asseoir sur la Forêt ... et dans la cour du collège!


Pendant que les grands paysagistes et les grands architectes décident de ce que sera la ville et la nature en ville de demain



Pendant que grâce à des échelles qui défient tout bon sens, ils érigent les plans comme boules de cristal


Pendant qu'ils voient des trames partout, victimes d'une dégénérescence idéologique née d'une trop forte endogamie avec les décideurs


Et tandis que ce monde continue à tourner le dos aux solutions humaines, préférant les modes d'emploi


Certains se retroussent vraiment les manches



Et sachant qu'ils ne cherchent pas ensemble le superflu



Ils arriveront à quelque chose qui ressemblera à un instant où l'improvisation aura eu la part belle


Et alors la matière objet aura, comme un visage, plusieurs expressions, nées de la rencontre avec l'autre




Collège Langevin - Travail, Bagnolet
Association Sors de terre - Déc 2014 - Projet Art-Dinage (2012- ...)

lundi 1 décembre 2014

Devenir Indigène



Indigènes
Quand on devient des étrangers 
Une deuxième fois

Quand on vit 
De débrouilles
Un peu trop proche
De la vie

Indigènes
Dans les prés
Dans les prix

On est prêts
Mais on est pris
par des règles 
Indigestes

Cette terre est elle
Pour chacun
Où pour quelques uns

Indigènes
L'oreille collée à la forêt
Dans un monde 
Où rien n'est entendu

Ce qui est beau
Ce qui est simple
Devient suspect
Pour ceux qui marchent
Sur des échasses

Indigènes sans programmes
Désir et nécessité
Entrelacés
Dans chaque foulée

Les plantes sont en opéra
les bêtes mythologiques
Les Hommes
Cherchent leur place
Face à des armées 
Qu'ils mangent
Tout est question d’appétit

Indigènes
Risquer de se perdre soit même
Dans les secousses  de l'individualisme
Et ses océans sans fond

Et braver les tempêtes
Avec un parapluie
Sachant que la mort
Était déjà
De ce monde.

mardi 4 novembre 2014

Quel beau bazar ce concert !


Taille Haie Chèvres à la cité Grands Champs


La cité des Grands champs
C'est à Bagnolet

On l'appelle "Grands Champs"
Parce que c'était là
Le début des grandes cultures
Sur le plateau

C'était là 
Que les murs à pêches s'arrêtaient



Grands Champs
C'est aujourd’hui
C'est une p'tite cité
Avec des jardins privatifs 
En pied d'immeuble


Paris Habitat
Le bailleur
Nous a demandé
d'filer un coup de main
Un coup de dents
Pour tailler les haies 
Avec les gens du village
Et l'association d'habitants du quartier




 Et puis 
On est venu
Avec les chèvres
Parce que les haies
Ça les intéressent


Et les gens 
Les chèvres
Ca les intéressent
Alors ...


Alors les haies
On leur a fait
Une nouvelle coupe






Et pis
On est r'partit
Mais on va revenir souvent




C'est à coté de la Bergerie
Et y a du boulot
Pour nous
Et à manger pour les bêtes.

Big up Grands champs !